Éloge du mou
Quels rapports entre le point de croix et le sexe, entre la broderie de paillettes plates en style Lunéville et l'androgynie ? Pour Virginie Fuhrmann, ils tiennent de l'évidence.
Cette jeune artiste nancéienne tricote depuis quelques années. En témoignent Les cheminées, la collection, coquines variations autour de ces tubes d'évacuation, domestiques ou industriels. Virginie Fuhrmann détourne l'ouvrage pour l'outrage, l'abandonnant à son univers fantasmé. Elle alpague donc les fameux loisirs créatifs, comme déjà, avant elle, Rosemarie Trockel ou Mike Kelley avaient intégré ces techniques de "grand-mère" dans l'art contemporain. Elle ne joue ni le détournement, ni le second degré, mais un décalage presque naturel. C'est de cette nécessaire intimité avec l'objet que surviennent ces précieux instants de "divagation" et de "lâcher prise". Et se défait ainsi l'ouvrage, comme le tableau de Francesco Bassano, La tisserande, qui, au même titre que l'oeuvre de Cindy Sherman ou les Marie-Madeleine de Georges de La Tour, inspirent son travail. La plasticienne, doucement obsédée, là par les rondeurs de la maternité, ici par l'ambiguïté des formes des cheminées, ou fascinée aussi par la mort d'Isadora Duncan, balance, sans innocence, entre attraction et répulsion, forme et matière, virilité et fragilité. On chemine ainsi parmi ces cheminées, dressées ou affaissées, comme autant d'invitations à toucher, gratter, caresser, triturer. Aguicheuses et suggestives, ces sculptures molles s'appréhendent comme le miroir déformant de nos propres ambivalences, le moule improbable d'un réel de substitution.
Daniel Carrot
Jusqu'au 31 août au Forum de l'Hôtel de Ville. Du lundi au jeudi, 8 h à 12 h et 13 h 30 à 17 h 30, 16 h 30 le vendredi. Dimanche 31 août, 14 h à 17 h. |
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